Ensemble Aman

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Divers

critique de Jacques Bonnadier "Festival de Martigues"

Martigues, 25 juillet 2013. Troisième journée du 25e Festival « Danses, musiques et voix du monde ». 15 h 30, c’est l’heure de la sieste. Une sieste où l’on ne dort pas !  L’une  de ces « Siestes du bout du monde » que l’équipe du  Festival a imaginées comme un moment poétique privilégié et qu’elle propose avec succès tous les après-midi sur la place Comtale. Une centaine de chaises-longues ont été installées en un tournemain, côté ombre et côté soleil. Je choisis l’ombre et me radasse illico dans mon transat, prêt à goûter au breuvage glacé d’eau de fleur d’oranger que l’on me tend… et au spectacle que l’affiche m’annonce.

Je connais les artistes qui vont se présenter, Michèle Fernandez en tête. Musicienne et chanteuse passée par le jazz, elle a écrit et composé en français avant de renouer avec ses racines espagnoles, appris la langue de ses aïeux, et retrouvé le chant profond  de ses origines -  comme en témoigne le très beau  disque « Mujer » où rayonne son âme vibrante de femme qui chante.

Marseillaise, comme Michèle, Marie Ricard est conteuse ou plutôt « fileuse d’histoires » - ainsi se nomme joliment sa compagnie. Et elle les propose, ses histoires, histoires d’ici et d’ailleurs, avec  uns simplicité rare, à travers veillées, balades et autres « parlejades », aimant à partager ses découvertes et ses émotions avec d’autres venus d’autres horizons culturels.

Quant à Marc Bellity, le Martégal du trio – puisqu’il est professeur au Conservatoire Henri-Sauguet – il aurait pu faire carrière comme guitariste classique mais il a choisi très vite de s’intéresser aux musiques méditerranéennes et médiévales et aux instruments à cordes pincées qui vont avec : oud, mandole, guitare, cistre et autre guitarina… Il est très apprécié des nombreux chanteurs qu’il accompagne et notamment de Michèle Fernandez, avec qui il a formé l’ensemble « Aman » voué au répertoire judéo-espagnol.

Les voici donc tous trois réunis dans un ensemble inédit pour moi, pour un spectacle créé tout exprès à l’intention du festival de Martigues. Leur ambition : nous offrir « un tissage de contes et de chants de Méditerranée en mettant l’accent sur des moments fort de la vie de l’homme et de la femme à travers coutumes, rites et traditions. » Ils ont puisé aux meilleures sources : Marie, dans les traditions turque, berbère de Tunisie ; dans le trésor des contes collectés et adaptés par Henri Pourrat ou Henri Gougaud. Elle les dit, ces contes, d’une voix et d’un accent qui ont  tant de naturel  qu’on dirait qu’elle les invente au fur et à mesure. De son côté, Michèle emprunte à la tradition sépharade berceuse et chants d’amour heureux ou malheureux, aux temps des troubadours un chant d’amour courtois, d’autres évoquant la condition féminine, ses fêtes et ses drames. Sa voix s’envole légère, virtuose, émouvante à chaque instant, qui traduit l’engagement total, la sincérité, l’authenticité de l’artiste. Marc Bellity est beaucoup plus qu’un accompagnateur : un partenaire magistral, qui de ses cordes brosse un paysage sonore subtil et puissant à la fois. Et il surprend et touche lui-même l’auditoire quand il lance de sa voix une laude italienne à Marie.

Lorsque se font entendre enfin les premiers accords  du bouleversant « Cant dels ocells », ce chant catalan de la Nativité, que popularisa au violoncelle l’immense Pablo Casals et, à sa suite, tant de chanteurs, la paix qu’il célèbre nous envahit, et l’envie d’aller festoyer avec des oiseaux à la voix si mélodieuse ! Et c’est Noël en plein été !

La place Comtale est chaude-bouillante. On la quitte à regret, plein de reconnaissance pour Michèle, Marie et Marc et le cœur empli d’une tendresse sereine, joyeuse… et pour tout dire, rafraichissante.

                                                                     Jacques Bonnadier  

Repères

Repères :

 

 

              

 

 

-         Me’am Lo’ez : véritable joyau du ladino, commentaire de la torah de Rafael Hiya Pontremoli agrémenté de proverbes, d’anecdotes et de paraboles.

 

-         Bible de Ferrare : publié en Italie à 1553,  traductions littérales de la bible hébraïque en ladino, elle était destinée aux descendants des juifs chassés d’Espagne qui avaient trouvé refuge en Italie.

 

-         Haïm Vidal Sephiha : « le » grand historien sur tout ce qui concerne la langue et l’histoire de la culture judéo-espagnol.

 

-         Isaac Lévy : anthologie des chants judéo-espagnol en 4 volumes, la liturgie judéo-espagnol, en 10 volumes.

 

-         Poètes et poétesses contemporains : Enrique Saporta y beja, Clarisse Nicoïdski, Margalit Matitiahu, Rita Gabbaï-Tazartès, David Fintz y Atalbé…

 

-         « Aki yerushalayim » (Israël), « La lettre sépharade » (France) : revues culturelles de langue judéo-espagnol 1973

 

-         Dictionnaire Français/Judéo-espagnol par Klara et Elie Perahya chez L’Asiathèque L&M 1998

Séfarade

Séfarade

- Séfarade, le livre est ton chemin. Tu pris le léonais, l’aragonais et le castillan de la très catholique Espagne et les fit voyager, en les transformant, en judéo-espagnol langue vernaculaire ou ladino langue calque semi-sacré, sur les rives de la Méditerranée.

 

 

- Séfarade, raconte nous le compte de tes vers au fil des romances, des coplas, des kantigas, que tes femmes ont chanté, célébré et magnifié dans la vie quotidienne.

 

 

- Séfarade, où sont tes rêves ? Lovés dans les plis de ta mémoire, mémoires empaquetées, jetées aux quatre points cardinaux.

 

 

- Séfarade ton nom est pardés*, symbole de ce verger où sont entrés quatre rabbis.

 

 

- Séfarade tu as côtoyé le yevanic en Grèce, le shuadit des terres provençales, le zarfatic du nord de la France et tant d’autres contrées…

Est-ce le livre que tu portes, sans montures ni cavalier ou bien le livre qui te soutient ? Etends ce grand davar* au pilier du temps.

 

 

- Séfarade, tu t’es séparé de l’ordre des anciens en croyant trouver le repos dans ces pays aux ciels parfois si bleu qui, aujourd’hui trop organisés, trop affairés à extraire le trésor noir de l’affairement généralisé.

Entre graisses et orties, il faut choisir pour ne pas perdre la précieuse concorde. Alors SeFeR* ou SFR ?

 

 

Mots hébreux :

* Davar : chose, parole, événement

* Sefer : livre, sous-entendu les Ecritures, la langue hébraïque ne comportant que des consonnes

* Pardés : paradis, jardin, verger

 

Marc Bellity    

Descriptif du mot Aman

Ethymologie et sens du mot 'Aman'

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Contacts

Marc Bellity : 06 62 41 80 39

Michèle Fernandez : 06 15 40 36 15 

Fiche Technique

détails de la fiche technique

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